20 juil. 2009

Ne pas opposer e-business et Entreprise 2.0/collaboratif

J'observe depuis de longs mois un désintérêt poli, quand ce n'est pas une forme d'hostilité chez les experts du développement des usages, entre les tenants du "e-Business" et les promoteurs de l'Entreprise 2.0.
Schématiquement, considérons l'e-Business comme la dématérialisation des échanges standardisés entre l'entreprise et son environnement. Ce n'est bien sûr pas la seule définition mais elle est défendue par certains experts qui nous concernent ici. Par ailleurs, considérons l'Entreprise 2.0 comme les usages du Web 2.0 dédié aux professionnels et plus largement les usages collaboratifs en ligne.

Naturellement, vous trouverez des points de convergence et des acteurs impliqués dans les 2 domaines (à commencer par les services de l'Etat en charge de ces questions ou plutôt devrais-je dire LE service de l'Etat...) mais force est de constater que personne ne cherche à afficher de cohérence globale entre les 2 domaines.
Or ces 2 domaines se partagent des ressources limitées: des fonds publics de sensibilisation/stimulation des entreprises, des budgets de services informatiques ... et peut être plus important, l'attention de dirigeants politiques ou d'entreprises, ressource rare s'il en est!
de ce fait, il devient nécessaire de rechercher les liens existant entre e-business et collaboratif pour permettre à l'entreprise utilisatrice de s'engager en toute connaissance de cause dans l'un , l'autre ou les 2 domaines.

Finalement, si l'on repart de mes définitions schématiques, ne s'agit-il pas de définir une relation au niveau de la nature des échanges? d'un côté des données standardisées et de l'autre... de l'autre, des connaissances, des informations contextualisées, bref des échanges pas toujours formalisés et encore moins standardisés.
Les 2 domaines apparaissent donc par nature très différents, depuis les contenus qu'ils véhiculent jusqu'à leurs objectifs. Pour autant, il ne s'agit que de formes de communication qui doivent toutes deux s'intégrer dans des process d'entreprise (existants ou latents) et c'est le process lui même (et son évolution) qui impose son besoin d'échanges de données structurées ou d'informations/connaissances non standardisées.

Si il apparaît évident qu'un processus logistique reposera davantage sur des échanges de données standardisées et qu'un processus créatif (R&D, communication, etc.) bénéficiera plus des apports du collaboratif, j'insiste sur le concept d'évolution du processus car les besoins de celui-ci évoluent dans le temps.
Ainsi, le collaboratif est un vecteur puissant d'innovation et de rupture du processus quand l'échange de données standardisées est un vecteur puissant de compétitivité par l'optimisation du processus existant: dans le cycle de vie du processus lui même, il est donc nécessaire de collaborer pour le faire évoluer mais un processus d'entreprise ne peut être en permanence dans une phase instable de rupture et il faut aussi optimiser les phases stables qui seules permettent la rentabilité du cycle.

Il est donc nécessaire de repenser le rapport du e-business à l'enteprise 2.0 à l'aune de leurs usages et de leurs apports au sein des entreprises, en particulier dans le nécessaire cycle rupture/équilibrage/optimisation qui caractérisent toute dynamique de process au sein de l'entreprise.

Qu'en pensez vous?

17 juil. 2009

Une vision prospective de l'économie et la société numérique

le 8 juillet dernier, NKM a reçu des mains d'Alain Bravo (directeur général de l'école Supelec) le rapport "société et économie à l'aune de la révolution numérique" réalisé avec le soutien du Centre d'Analyse Stratégique.
Alain Bravo présidait la Commission qui a travaillé depuis avril 2008 sur cette approche prospective visant à établir une grille de lecture des enjeux et perspectives de la société française aux horizons 2015 et 2025.

je ne reviendrai pas sur le document lui même, dont le CAS a publié une synthèse et un communiqué de presse assez bien faits (tout est disponible à cette adresse: http://www.strategie.gouv.fr/article.php3?id_article=999).

il semble que la partie recommandation ne soit pas une procédure fréquente dans les rapports de prospective, plus souvent limités à l'exposition des tendances et orientations, dixit le directeur général du CAS lors de la remise.
Si ces recommandations font déjà l'objet de querelles entre experts sur leur pertinence et leur caractère plus ou moins orientées par des lobbys parties prenantes à la commission (querelles somme toutes classiques dans tout travail collectif...), il ne faudrait pas limiter la portée globale du travail à celles-ci.

A mon sens, ce travail a le mérite d'appliquer une méthodologie explicite de prospective sur un domaine considéré généralement comme trop vaste être traité de manière globale.

Certes, sur un sujet aussi complexe et large que l’économie numérique, tout travail de prospective apparaît délicat tant les facteurs de différenciations des futurs possibles sont nombreux. Le rythme rapide d’évolution des TIC renforce également les doutes quant à la capacité des membres de la commission à définir des scenarii pertinents à l’horizon 2025.
Mais le choix de macro-scenarii qualitatifs permet d’englober en partie les imprécisions inhérentes au sujet et à la projection et rend donc intéressant le travail.

En outre, il s’agit du seul travail de prospective transversale, effectué sur les sujets numériques, dans une perspective d’action publique. La méthode de scenarii, pour frustrante qu’elle soit sur la justification des options retenues, permet d’envisager des tendances différentes, qui correspondent à des hypothèses crédibles d’évolution de la société française.

bref, ce travail a le mérite d'exister et de poser les bases de discussions et d'orientations politiques possibles.

Lors de la remise, NKM a salué le travail réalisé (classique...), a reconnu que les recommandations dépassaient nettement son champ et ses moyens d'intervention (moins classique de la part des politiques, mais elle est maintenant connue et appréciée pour son approche directe).
Elle a enfin indiqué que ce travail pourrait servir de grille d'analyse pour évaluer la pertinence des projets liés au numérique qui vont affluer dans le cadre du "grand emprunt national" qui agite tous les acteurs publics ou para-publics depuis peu... je crois que c'est là une des applications les plus pertinentes qui puissent être faite de ce travail dans le contexte actuel: il est illusoire d'imaginer que NKM serait en mesure de mettre en oeuvre des recommandations qui touchent le coeur d'action de ses collègues ministres et tous les politiques sont focalisés sur le court terme que représentent les projets à faire financer par l'emprunt.
Reste maintenant à obtenir que cette grille d'analyse à long terme soit réellement et systématiquement utilisées pour les projets de l'ensemble des ministères...

11 déc. 2008

Non, l'intégration des outils numériques dans les entreprises ne va pas de soi...

Différents contacts avec des acteurs de la vie économique, d'âges, d'origines et de métiers variables, qui m'interrogeaient en toute innocence sur mon travail, m'incitent à rappeler ce qui paraissait une évidence à mes yeux d'expert (?)...
Non, l'intégration des outils numériques n'est pas une telle évidence qu'il faille la considérer comme un acquis.
Certes, un outil numérique comme la téléphonie mobile fait aujourd'hui partie du paysage des entreprises et des actifs, mais l'exemple reste rare et le potentiel apporté par le numérique mobile reste souvent à l'état de potentiel.
L'outil informatique a également pénétré la quasi totalité des entreprises. Mais l'équipement n'est pas l'usage et nombre d'entreprises n'utilisent pas pleinement les potentialités offertes par l'outil informatique dans lequel elles ont investi.
Ces rares exemples et les limites présentées rappellent que les outils numériques restent des objets de gestion récents dont l'usage ne fait pas encore partie des standards de gestion auxquels toute entreprise se réfèrent.
La polyvalence de ces outils et leur rythme rapide d'évolution ne facilitent pas cette inscription dans le « marbre » du management et de la gestion d'entreprise. Les outils numériques ne sont après tout que des instruments au service de processus, eux mêmes difficilement standardisables...
On ne s'étonnera donc pas de constater que les domaines de gestion d'entreprise sont aujourd'hui les plus informatisés puisqu'il s'agit des pratiques professionnelles les plus standardisés.
Mais pour le reste, on se confronte à la pluralité des approches et celle des mises en œuvre des pratiques. Ces diversités renvoient chaque entreprise à son propre contexte, ses propres spécificités et sa propre stratégie pour réfléchir à l'implémentation et à la mise en œuvre d'outils numériques: le dirigeant se retrouve donc seul pour décider en quoi le numérique peut apporter de la valeur à son entreprise.
Certes, les fournisseurs de produits et services numériques œuvrent, de manière logique, à la promotion de leurs solutions. Mais force est de constater que les dirigeants de PME expriment des besoins complémentaires d'explicitations des enjeux des TIC et des acteurs et solutions disponibles. Mêmes lorsqu'ils sont sensibilisés aux usages professionnels du numérique, ils se disent souvent perdus entre toutes les technologies, toutes les solutions et tous les acteurs présents sur le marché.
Par conséquent, ils sont en attente d'un avis neutre par rapport aux acteurs du marché, qui tient compte de leurs existants et des spécificités de leurs activités.
Jusqu'à présent, ces attentes n'ont pu faire l'objet que de réponses des acteurs publics engagés dans l'accompagnement des entreprises, du fait des ressources limitées de ces entreprises: celles-ci ne peuvent payer ce type de prestation aux prix du marché.
On comprends alors l'absolu nécessité de l'action des pouvoirs publics en la matière, n'en déplaise à certains tenants de l'orthodoxie libérale...
Le basculement de centaines de milliers de TPE et PME dans l'utilisation du numérique représente un gisement important de croissance économique et de gains de compétitivité pour ces entreprises mais également une certitude de voir émerger de nouveaux usages numériques de leur part, non imaginés par les fournisseurs de solutions, comme c'est le cas avec la masse des utilisateurs particuliers qui réinventent les usages des TIC.
En outre, ce basculement représente également un marché considérable pour ces mêmes fournisseurs, à commencer par des prestataires de proximité non délocalisables.
Enfin, ces centaines de milliers d'entreprises constitueront la masse critique nécessaire pour disposer de solutions plus adaptées à leurs spécificités et encourageront les fournisseurs à innover sur ce segment particulier.
Qu'en pensez vous?

12 nov. 2008

Quelle économie numérique en période de crise économique et financière?

Nul n'ignore à présent que la crise financière, née outre-atlantique, s'est désormais transformée en une réelle crise économique qui impacte les uns après les autres des secteurs d'activités interconnectés et interdépendants, ne serait-ce que par les conséquences des dévalorisations boursières de leurs acteurs clés. Le moral des chefs d'entreprises est en berne et l'origine bancaire de la crise fait converger l'ensemble des analyses sur une période de crise de 18 à 24 mois minimum.

Le secteur TIC n'échappe naturellement pas à la morosité ambiante, à l'exception notable de Google qui affiche des résultats d'une quasi-insolence: les valeurs boursières sont malmenées et les plans de restructuration s'enchainent (mais le rythme de ceux-ci était-il franchement moindre auparavant???).

L'exception Google est toutefois significative des opportunités (ou risques, selon le point de vue) de mutations profondes que vit toute organisation en période de crise: la contraction des budgets publicitaires en période de crise donne dorénavant la priorité aux supports online sur les supports offline qui font les premiers les frais de ces difficultés.

De tout temps, des acteurs ont su tirer parti des périodes de crise en s'adaptant plus vite ou mieux aux modifications de leur environnement. Il s'agit souvent d'une capacité de réflexion stratégique de leurs dirigeants qui ont vu une opportunité là où la majorité des acteurs voyait un risque.


En termes de développement des usages numériques, comment se traduit cette observation?

Bruno Lanvin, directeur exécutif du eLab de l'INSEAD, a apporté une réponse intéressante lors du séminaire du réseau eBSN soutenu par la Commission Européenne le 13 octobre dernier. Les TIC peuvent en effet représenter un outil de management contra-cyclique, particulièrement adapté en période de crise.

De fait, ces outils ne se contentent pas de permettre le développement de l'activité des entreprises mais ils offrent également de fortes possibilités de réduction des coûts pour l'entreprise qui saura les utiliser à bon escient. Et, justement, l'élément clé tient dans l'usage optimal des outils, souvent négligé une fois l'investissement initial réalisé (autrement dit, une fois l'équipement déployé).

En période de crise et de réduction des capacités d'investissement, beaucoup d'entreprises ne seront pas en mesure de réaliser les investissements nécessaires pour moderniser en profondeur leurs systèmes d'information, mais la plupart disposent déjà d'une « réserve » de compétitivité par un usage non optimal de leurs outils TIC déjà en place.

Ceux qui sauront profiter de cette période d'instabilité pour remettre en cause leurs processus et exploiter leurs outils au maximum de leurs possibilités par un meilleur usage, tireront des avantages compétitifs sur leurs concurrents.

Chaque situation est naturellement spécifique mais il s'agit souvent d'évaluer l'ensemble des potentiels d'usage offerts par les outils TIC et impliquer l'ensemble des acteurs concernés au sein de l'enterprise dans la redéfinition des processus correspondants.

En somme, la période actuelle de crise va redistribuer certaines cartes et l'usage optimal des outils TIC en fait partie. Parce que certains avantages compétitifs peuvent émerger d'un meilleur usage des outils déjà présents dans l'entreprise, le facteur clé va résider dans la capacité des dirigeants à repenser l'organisation de leur entreprise et à impliquer les acteurs de l'entreprise dans un usage réel et partagé des outils.


Qu'en pensez vous?

8 nov. 2008

Premier message... et petite histoire de l'économie numérique

En me décidant enfin à « mettre sur la table » du Web certains de mes avis sur le développement du numérique, j'espère (de manière utopique?) qu'ils susciteront l'échange, voire le débat.
Naturellement, au moment du premier post, je m'interroge: vais-je partager avec mes lecteurs potentiels et futurs contradicteurs le minimum de terminologie pour permettre la compréhension mutuelle? Autrement dit, sommes nous d'accord sur ce que recouvre la notion d'économie numérique?

Vaste sujet que l'économie numérique, dont se revendiquaient tant les éditeurs ou constructeurs de produits ou services utilisant les Technologiques de l'Information et de la Communication, que les entreprises utilisant ces mêmes produits et services pour faire évoluer leurs activités, au premier rang desquels figurent les acteurs des médias dits classiques...
Ces différents acteurs évoluaient dans des mondes aux interactions plus ou moins fortes et structurés par des forces très diverses: la question du périmètre exact de l'économie numérique n'était alors que d'une pertinence relative.
Depuis le mois d'avril, cependant, l'émergence d'un responsable gouvernemental en charge de l'économie numérique a changé la donne et la publication récente du plan gouvernemental n'en fait que souligner la pertinence de la question: qu'est-ce que l'économie numérique?
La lecture de la lettre de mission de ce responsable gouvernemental, Eric Besson, et du plan gouvernemental « France numérique 2012 » tend à retenir une acception très large de la notion, au point de la confondre avec les notions précédentes de société en réseau (plan gouvernemental « ReSo 2007 » de 2002) et de société de l'information (plan PAGSI de 1998).
Cette approche gouvernementale s'inscrit dans un mouvement qui voit les initiatives publiques et professionnelles converger sur le terme de numérique:

  • Programme ministériel « Entrepreneurs, faites le choix de l'économie numérique » en 2005
  • Forum de la GED devenant Forum des acteurs du numérique
    club de l'économie numérique fondé en 2007
  • L'ACSEL, association historique du commerce et des services en ligne devenant Association des acteurs numériques en 2008...

Pour autant, les acteurs et objectifs de ces différentes initiatives ne se recoupent pas et font de l'économie numérique une notion protéiforme, qui ne cessera de s'étendre avec la progression observée des usages des TIC dans la société française.


Que retenir alors ici pour ne pas avoir un dialogue de sourds entre contradicteurs qui ne parleraient pas de la même chose?
Il n'est pas dans mon objectif d'analyser et juger les multiples technologies, produits et services qui émergent continuellement et les stratégies des acteurs qui les produisent et les portent.
Je m'intéresse plutôt aux usages qui se diffusent au sein des organisations et plus particulièrement des petites entreprises (PME) et à la manière dont les acteurs publics du développement économique interviennent dans cette diffusion et cette appropriation.

Qu'en pensez vous?