Différents contacts avec des acteurs de la vie économique, d'âges, d'origines et de métiers variables, qui m'interrogeaient en toute innocence sur mon travail, m'incitent à rappeler ce qui paraissait une évidence à mes yeux d'expert (?)...
Non, l'intégration des outils numériques n'est pas une telle évidence qu'il faille la considérer comme un acquis.
Certes, un outil numérique comme la téléphonie mobile fait aujourd'hui partie du paysage des entreprises et des actifs, mais l'exemple reste rare et le potentiel apporté par le numérique mobile reste souvent à l'état de potentiel.
L'outil informatique a également pénétré la quasi totalité des entreprises. Mais l'équipement n'est pas l'usage et nombre d'entreprises n'utilisent pas pleinement les potentialités offertes par l'outil informatique dans lequel elles ont investi.
Ces rares exemples et les limites présentées rappellent que les outils numériques restent des objets de gestion récents dont l'usage ne fait pas encore partie des standards de gestion auxquels toute entreprise se réfèrent.
La polyvalence de ces outils et leur rythme rapide d'évolution ne facilitent pas cette inscription dans le « marbre » du management et de la gestion d'entreprise. Les outils numériques ne sont après tout que des instruments au service de processus, eux mêmes difficilement standardisables...
On ne s'étonnera donc pas de constater que les domaines de gestion d'entreprise sont aujourd'hui les plus informatisés puisqu'il s'agit des pratiques professionnelles les plus standardisés.
Mais pour le reste, on se confronte à la pluralité des approches et celle des mises en œuvre des pratiques. Ces diversités renvoient chaque entreprise à son propre contexte, ses propres spécificités et sa propre stratégie pour réfléchir à l'implémentation et à la mise en œuvre d'outils numériques: le dirigeant se retrouve donc seul pour décider en quoi le numérique peut apporter de la valeur à son entreprise.
Certes, les fournisseurs de produits et services numériques œuvrent, de manière logique, à la promotion de leurs solutions. Mais force est de constater que les dirigeants de PME expriment des besoins complémentaires d'explicitations des enjeux des TIC et des acteurs et solutions disponibles. Mêmes lorsqu'ils sont sensibilisés aux usages professionnels du numérique, ils se disent souvent perdus entre toutes les technologies, toutes les solutions et tous les acteurs présents sur le marché.
Par conséquent, ils sont en attente d'un avis neutre par rapport aux acteurs du marché, qui tient compte de leurs existants et des spécificités de leurs activités.
Jusqu'à présent, ces attentes n'ont pu faire l'objet que de réponses des acteurs publics engagés dans l'accompagnement des entreprises, du fait des ressources limitées de ces entreprises: celles-ci ne peuvent payer ce type de prestation aux prix du marché.
On comprends alors l'absolu nécessité de l'action des pouvoirs publics en la matière, n'en déplaise à certains tenants de l'orthodoxie libérale...
Le basculement de centaines de milliers de TPE et PME dans l'utilisation du numérique représente un gisement important de croissance économique et de gains de compétitivité pour ces entreprises mais également une certitude de voir émerger de nouveaux usages numériques de leur part, non imaginés par les fournisseurs de solutions, comme c'est le cas avec la masse des utilisateurs particuliers qui réinventent les usages des TIC.
En outre, ce basculement représente également un marché considérable pour ces mêmes fournisseurs, à commencer par des prestataires de proximité non délocalisables.
Enfin, ces centaines de milliers d'entreprises constitueront la masse critique nécessaire pour disposer de solutions plus adaptées à leurs spécificités et encourageront les fournisseurs à innover sur ce segment particulier.
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